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Grégoire de Pins, le passager professionnel.

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Portrait : Sharette, sa startup s’apprête à voler au secours des usagers du RER en signant un partenariat avec la RATP

Enfant, la première grande déception de Grégoire de Pins fut de ne trouver ni soleil, ni palmiers à La Haye. à l’occasion de l’expatriation de sa famille aux Pays-Bas . Depuis, le co-fondateur de Sharette, une start-up de co-voiturage courte distance, a renoncé aux cartes postales : « Fonder une start-up, vu de l’extérieur, c’est cool, dynamique, on fait ce qu’on veut, on n’a pas de boss. Mais tout ça c’est du vent. Je suis comme tout le monde. On travaille toujours pour quelqu’un : ses utilisateurs, ses investisseurs, et surtout, ses salariés. C’est bien beau de créer des emplois, encore faut-il les maintenir », lance celui qui tient à tout prix garder la tête sur les épaules. A 31 ans, ce grand gars, au physique un peu sec passe toujours son stress sur ses ongles, même s’il jure ses grands dieux qu’ils sont beaucoup plus longs qu’avant. En un an et demi de Sharette, il a déjà fêté son millième utilisateur, son dix-millième kilomètre de co-voiturage, un premier CDI, puis un 2ème, un 3ème. En adepte de l’escalade, il franchit les obstacles un à un, même s’il admet parfois frôler le burnout.

Devant de la scène

Ce matin là, Grégoire de Pins cache sa nervosité derrière de grands sourires. Pas facile de faire le guignol pour le photographe, à deux heures de la signature du partenariat décisif qui devrait lancer Sharette sur le devant de la scène. Cet été, pour palier la fermeture partielle de la ligne A du RER entre La défense et Auber, la RATP a décidé de compléter son dispositif de remplacement avec les offres de covoiturage de Sharette qu’elle intégrera dans son calculateur d’itinéraire. De quoi faire exploser la communauté de la start-up à 50, 100 voire 200 000 utilisateurs espère le fondateur. Car pour l’instant, Sharette fonctionne avec des communautés d’utilisateurs fermées. Le partenariat avec la RATP va lui permettre de s’ouvrir au grand public en juin et de faire une nouvelle levée de fonds. A 2,36 euros le trajet en covoiturage (2 euros pour le conducteur et 36 centimes pour Sharette), Grégoire de Pins mise sur l’effet de masse pour devenir le leader du secteur. « Il va falloir plusieurs milliers de covoiturages par jour pour faire vivre la boîte, mais le marché est énorme avec les quinze millions de trajets effectués chaque jour en Ile-de-France ! » estime le jeune homme impatient de faire baisser la congestion du trafic.

Austin mini.

C’est à Pékin en Chine, puis en Argentine, où il travaille juste après ses études d’ingénieurs, qu’il prend conscience de la permanence des files d’attente. « 95% de la population habite sur 5% de la superficie mondiale. Partout, on déplore des problèmes de congestion des transports alors que l’on dispose de technologies formidables. En mettant plusieurs personnes dans une voiture, on peut faire baisser mécaniquement le nombre de voitures qui circulent », et rendre service à ceux qui n’en ont pas… comme lui. Car Grégoire de Pins ne connaît strictement rien aux voitures. La seule qui l’ait vraiment marqué, c’est la Chrysler voyager familiale qu’il adorait, même si certains virages lui retournaient l’estomac. Quant aux joies de la conduite, il n’y a jamais gouté puisqu’il n’a pas non plus le permis ! Mais s’il pouvait passer derrière le volant, ce serait dans une Austin mini, la vieille, la petite, juste pour voir s’il peut y glisser son mètre quatre-vingt. « J’ai toujours pris les transports en commun, c’est justement ça qui m’a donné l’idée de créer Sharette », justifie-t-il.

Il ne pourra donc pas devenir un… comment dit-on déjà ? sharettier ? sharetteman ? sharetteux ? heu…non, pardon… un conducteur, tout simplement.

 

Réalisé le 4/05/2015

Photo:©Patrick Gaillardin / Texte: Michèle Foin

Lien : https://sharette.fr

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